Mouvement des gilets jaunes

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Tout mouvement révolutionnaire doit commencer par "perdre" afin d'obtenir des martyrs par lesquels l'opinion bascule en sa faveur, ce qui le renforce considérablement car même un pouvoir puissant, résolu et compétent en matière de lutte anti-insurrectionnelle cédera face à une population solidaire (ne serait-ce que par son seul silence) avec les rebelles. Le War Nerd vulgarisa parfaitement cela. Fin janvier 2019 le cas de Jérôme Rodrigues est archétypal.

Les autorités françaises y furent exposées lors de «pacifications» coloniales, on l'a encore une fois constaté durant la guerre du Vietnam puis plus récemment en Irak et en Afghanistan. Peu de "décideurs" en tirent des enseignements donc l'histoire bégaie.

Pour "commencer par perdre afin de convaincre et recruter" ainsi un mouvement révolutionnaire épuise les nervis afin de les acculer à des bavures.

La nature réelle (donc les intentions) des "casseurs" (cassos de banlieue ou agents provocateurs(?)) importe peu. Ils servent en pratique les révolutionnaires car augmentent la pression exercée sur les agents de la répression, donc les bavures, lesquelles créent des martyrs. Les témoignages attestant existence et statut de ces derniers affluent, l'opinion publique s'en émeut et sympathise, certains jusqu'alors indécis/indifférents voire hostiles au mouvement le rejoignent, et cela augmente encore la pression, la répression se fait plus violente... et cette rétroaction positive renforce le mouvement de révolte. À ce titre le pouvoir central cultive un amalgame entre, d'une part, les courageux policiers et gendarmes qui protègent et défendent la population et, d'autre part, ses nervis, payés pour matraquer sur ordre et dont les cas de martyrs éclairent la véritable nature. L'objet de la solidarité des véritables policiers (en cas d'escalade seront-ils davantage du côté des révoltés ou bien des nervis?) est un paramètre déterminant, c'est pourquoi le pouvoir central s'emploie à les impliquer au plus tôt, aux côtés des nervis.

Le pouvoir central pourrait enrayer cette escalade dangereuse pour lui en endiguant les dérives (casseurs...) tout en traitant le reste (les manifestants honnêtes) de façon politique donc sur le mode "il est urgent de surseoir" (en résumé laisser les manifestants pourrir sur place jusqu'à ce qu'ils s'épuisent et rentrent chez eux tout en négociant avec leurs représentants de sorte de façon à les diviser afin de fractionner le mouvement), ce qui éteint la contestation et revêt un caractère préventif car la rend apparemment vaine.

L'Internet (en particulier les réseau sociaux) démultiplie l'« effet martyr » et réduit considérablement l'efficacité des chiens de garde (surtout composés des grands media diffusant la propagande d'experts), qui ne monopolisent plus les vecteurs de l'information. Cela érode l'influence des technocrates jacobins (cibles de la révolte en cours).

Début 2019 les gilets jaunes sont gagnants, car plus malins (ou mieux servis par les circonstances(?)) que le pouvoir central, qui accumule les bourdes. Durant le premier mois (entre mi-novembre et mi-décembre) la tactique consistant à laisser pourrir (« il est urgent de surseoir ») fonctionna car l'intensité des manifestations déclina (globalement). Quelque chose a dérapé peu avant mi-décembre (certains stratèges ou politiciens avaient peut-être jugé possible d'accélérer la déroute du mouvement en lâchant les nervis(?)), et les GJ ont trouvé un second souffle.

Le mouvement des GJ bénéficie pour le moment de sa fluidité, laquelle découle de l'absence de direction centrale (le piège de la prétendue liste "gilets jaunes" aux élections européennes d'I. Levavasseur est à ce titre grossier). Certains meneurs locaux ont peut-être saisi le caractère déterminant de cette caractéristique, déjà observée lors de puissantes contestations récentes (d'Occupy Wall Street à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, en passant par Nuit debout), toutes héritières de la forme des sit-ins, lesquels préfigurent/symbolisent la forme de lutte non armée de mécontents majoritaires historiquement la plus efficace qu'est la grève générale. Cette dernière pourrait catalyser des prises de pouvoir locales dans les zones où les GJ dominent, selon un modèle vraisemblablement similaire à celui de la révolution sociale espagnole (1936) voire de groupes à l'échelle humaine, la difficulté à cet égard relève de la nécessaire refocalisation des esprits des GJ, qui devront passer du mode on revendique afin que pouvoir central nous concède quelque chose au plus cohérent et prometteur nous voulons cesser de quémander auprès de ceux que l'on considère incompétents voire parasitaires.

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